Un entrepreneur cède son entreprise après vingt ans d’efforts. Il se retrouve avec plusieurs millions d’euros à gérer, une fiscalité complexe à anticiper, et des enfants qu’il souhaite associer à la transmission. Ce scénario, courant en 2026, illustre le point de bascule où la gestion patrimoniale classique ne suffit plus. C’est là qu’intervient le family office, une structure longtemps perçue comme réservée aux grandes dynasties.
Longtemps cantonnée aux Rockefeller et autres familles industrielles, cette approche s’est démocratisée auprès des entrepreneurs ayant réalisé une plus-value significative. Le family office agit comme un chef d’orchestre patrimonial, coordonnant investissements, conseil fiscal, transmission et gouvernance familiale via un réseau d’experts indépendants. Selon le 11ᵉ Baromètre AFFO/EY, ces structures privilégient notamment le private equity et les entreprises innovantes, dans un contexte marqué par les incertitudes géopolitiques et fiscales.

Family office en pratique : un modèle qui dépasse la simple gestion de fortune
Un family office ne se limite pas à sélectionner des placements financiers. Sa valeur ajoutée réside dans la coordination de l’ensemble des problématiques patrimoniales, juridiques et familiales sur plusieurs générations. Contrairement à un conseiller en gestion de patrimoine classique, il ne perçoit pas de rétrocommissions sur les produits souscrits, mais des honoraires transparents. Cette indépendance lui permet de travailler avec plusieurs banques dépositaires – parfois jusqu’à sept – pour mettre en concurrence les prestataires et défendre les intérêts de la famille.
Le métier se décline principalement en trois modèles. Le single family office (SFO) dédie une équipe entière à une seule famille, comme l’ont fait les Rockefeller dès la fin du 19ᵉ siècle. Le multifamily office (MFO) mutualise les coûts entre plusieurs familles, généralement une trentaine en Europe, avec un patrimoine moyen supérieur à 10 millions d’euros. Enfin, les banques privées comme Edmond de Rothschild ou Lombard Odier ont développé des services intégrés pour leurs clients les plus fortunés.
| Type | Clients | Patrimoine minimum | Particularité |
|---|---|---|---|
| Single Family Office | Une seule famille | Très élevé (souvent > 100 M€) | Équipe dédiée, confidentialité maximale |
| Multi Family Office | Plusieurs familles | > 10 M€ | Mutualisation des coûts, diversité d’expertise |
| Family Office de banque privée | Clients banque privée | Variable (souvent > 2 M€) | Service intégré, mais moins d’indépendance |
L’essor de la clientèle entrepreneuriale
Le début des années 2000 a vu l’émergence d’une clientèle « new money » : des entrepreneurs ayant revendu leur entreprise. Aujourd’hui, plus d’un tiers des clients des multifamily offices sont dans cette situation, selon les témoignages de family officers interrogés. Cette évolution a transformé les services financiers proposés, avec une demande croissante pour des stratégies de croissance rentable et de maîtrise des risques.
Services proposés et tarifs : ce que couvre réellement un accompagnement global
Les prestations d’un family office vont bien au-delà du pilotage de portefeuille. Il couvre la gestion des actifs (private equity, actions cotées, immobilier), la planification successorale, le conseil fiscal, la gouvernance familiale, et même la philanthropie. Le family officer travaille en réseau avec des notaires, avocats, experts-comptables et agents immobiliers pour délivrer des solutions sur mesure.
En matière de stratégie patrimoniale, l’accent est mis sur la coordination. Prenons l’exemple d’une famille propriétaire d’une entreprise familiale : le family office l’aidèrea à préparer la transmission (juridique et fiscale), à diversifier les actifs pour ne pas tout concentrer dans l’entreprise, et à former les héritiers via des outils d’éducation financière. Un livre blanc de l’AFFO intitulé « Éducation et formation » détaille ces dispositifs.
- Gestion de portefeuille : allocation d’actifs diversifiée, incluant private equity et actifs alternatifs
- Optimisation fiscale : structuration patrimoniale adaptée aux évolutions réglementaires
- Transmission et succession : préparation juridique et humaine des générations suivantes
- Gouvernance familiale : mise en place de règles de décision et de coexistence
- Services « art de vivre » : gestion immobilière, conciergerie de luxe, coordination d’experts
Combien coûte un family office en 2026 ?
La rémunération repose sur des frais de gestion annuels, généralement compris entre 0,5 % et 2 % des actifs sous gestion, selon la complexité. Des honoraires supplémentaires sont facturés pour des missions spécifiques (transmission, restructuration). Le ticket d’entrée reste élevé : supérieur à 10 millions d’euros de patrimoine financier. En dessous, un conseiller en gestion de patrimoine indépendant est souvent plus pertinent. Certains multifamily offices proposent toutefois à des clients externes de souscrire à leurs fonds maison, abaissant le seuil d’accès.
Investissements privilégiés et grandes tendances 2026
Selon le 11ᵉ Baromètre AFFO/EY, publié le 24 juin 2026, le private equity reste la première classe d’actifs des family offices, avec 34 % des allocations. Les investissements dans le capital-développement (71 %) et les stratégies de growth (58 %) dominent, traduisant une recherche de création de valeur sans prendre de risques excessifs en amorçage. Les technologies (73 %), la santé (48 %) et l’industrie figurent parmi les secteurs privilégiés, reflétant un équilibre entre innovation et actifs traditionnels.
Les actions cotées retrouvent de l’intérêt, avec 23 % des allocations, tandis que l’immobilier d’investissement se redresse à 16 %, après la forte remontée des taux. Les obligations gagnent du terrain à 12 %, et les liquidités représentent 8 %. Les family offices continuent de soutenir prioritairement les PME (45 %) et les ETI (36 %), confirmant leur rôle dans le financement de l’économie réelle.
Les plus grands family offices européens en 2026
Le classement des structures les plus influentes inclut des noms comme Square Capital (MFO), Baltisse (SFO), 1875 Finance (MFO), ou encore Korys et Canica. Ces acteurs illustrent la diversité des modèles, allant de la gestion d’une seule fortune familiale à l’accompagnement de plusieurs familles fortunées.
Risques et transmission : les préoccupations majeures des familles
La transmission de patrimoine intergénérationnelle reste la première préoccupation des familles (72 %), selon le même baromètre. Les changements de politiques fiscales (58 %), les enjeux géopolitiques (43 %) et la gouvernance familiale (38 %) complètent le tableau. Ces priorités poussent les family offices à renforcer leur sélectivité et à privilégier les modèles économiques solides. Comme le souligne Charles-Henri Bujard, président de l’AFFO : « Face à un environnement plus complexe, les Family Offices démontrent leur capacité de résilience. Ils recherchent un nouvel équilibre entre performance, diversification et maîtrise des risques. »
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