L’agence de voyage britannique Thomas Cook a été officiellement mise sous liquidation judiciaire ce 23 septembre. L’annonce a été réalisée par le directeur général Peter Fankhauser, qui a également exprimé son profond regret aux 600 000 voyageurs actuellement bloqués dans leurs destinations de vacances et aux quelques 22 000 salariés de l’enseigne.

A la cause de cette faillite, un Brexit trop pesant, une perte colossale de 1,9 milliards € au premier semestre, la concurrence des sites de réservation en ligne et la hausse du cours du pétrole se sont acharnés sur le groupe. Créée en 1841, l’agence de voyage a été en activité depuis près de deux siècles et a traversé deux guerres mondiales, une nationalisation et a déjà risqué de faire faillite en 2011. Cette situation a notamment obligé les autorités à mettre en place le plus important plan de rapatriement de l’histoire, mais d’autres répercussions sont à prévoir dans le secteur de l’hôtellerie et du tourisme.

Thomas Cook, une faillite accélérée par le Brexit

L’agence de voyage Thomas Cook était déjà dans une situation de grande fragilité financière depuis une dizaine d’années. Les événements géopolitiques de ces dernières semaines, dont surtout les inquiétudes liées au Brexit prévu au 31 octobre, ont accéléré sa chute.

Le dernier combat de Thomas Cook

La situation financière de Thomas Cook était loin d’être satisfaisante depuis 2007, date de sa fusion avec son compatriote My Travel, de laquelle il a hérité de conséquentes dettes. Les caisses du vétéran des agences de voyage ont même déjà été renflouées par le gouvernement en 2011 pour lui éviter la faillite.

Plus récemment, ses résultats désastreux du premier semestre lui ont causé une perte abyssale de 1,9 milliards d’euros et un plan de refinancement a déjà été mis en place pour le sortir de l’endettement. Le groupe avait même déjà trouvé 900 millions de Livres de financement, qui attendaient d’être complétés par 200 millions de Livres supplémentaires pour être validé par les actionnaires. Ces derniers ont en effet demandé cette sécurité supplémentaire en raison des inquiétudes face au Brexit qui risquent de réduire les flux de vacanciers du dernier trimestre.

Des négociations avec les banques ont été menées ce week-end pour compléter les fonds du plan de survie de Thomas Cook, mais se sont soldées par un échec. Le refus des investisseurs à prêter des fonds supplémentaires a obligé le groupe à cesser immédiatement ses activités.

Le Brexit, la dernière goutte qui a pesé contre Thomas Cook

Depuis l’annonce d’un Brexit fixé à la date du 31 octobre, qu’il y ait ou pas d’accord avec Bruxelles, le Livres Sterling a chuté face au dollar et à l’euro. Cette baisse du pouvoir d’achat britannique a notamment incité une grande partie des vacanciers à organiser des vacances locales. Cela a pesé sur les réservations de l’agence qui propose surtout des vols et des hébergements touristiques à l’étranger.

De plus, le voyagiste avait déjà subi une grande baisse de son chiffre d’affaires en 2018, à cause de la canicule qui a eu lieu vers la destination préférée de ses clients, l’Espagne. L’Etat, qui détient 60% du groupe, ne s’est pas risqué à aider le groupe, en prévision de l’effort financier qu’il doit réaliser durant le Brexit. En effet, de nombreuses entreprises britanniques auront besoin d’être soutenues par les aides du gouvernement lors d’une sortie sans accord de l’UE.

Thomas Cook : un modèle économique dépassé par internet

La majorité des offres de Thomas Cook ont toujours été basée sur des combinés de vols et de chambres d’hôtel. En effet, le groupe réalise des réservations en début d’année pour profiter de prix bas, et faire des bénéfices durant les périodes de vacances. Cependant, l’essor des sites de réservations en ligne, qui permettent aux voyageurs de profiter de tarifs dégriffés à la dernière minute a grandement réduit la part de marché de l’agence.

Thomas Cook battu par le numérique

Plus souples, les sites peuvent également s’adapter plus facilement aux contextes des modes des séjours, des climats et d’autres facteurs qui influent sur le secteur du tourisme. De plus, contrairement aux sites de réservation en ligne, Thomas Cook était également alourdi par ses charges, dont entre autre ses 500 agences physiques réparties au Royaume-Uni. Le manque de rentabilité de son modèle économique, auquel s’ajoute l’avènement de l’internet, a compliqué la survie du groupe dans le contexte du Brexit.

Les clients ont changé d’habitude, en traquant les bons plans pour trouver des vols à prix réduit et en utilisant des sites de réservation comme Airbnb pour se loger dans leurs destinations de vacances. Thomas Cook n’a pas réussi à s’adapter à cette nouvelle mode de consommation de voyages orientée vers le numérique.

Par ailleurs, le groupe a également souffert des augmentations successives du pétrole depuis ces cinq dernières années. En effet, il dispose d’une flotte de plus de 100 avions, qui ont réduit sa compétitivité dans le secteur à cause de la nécessité de maintenir une certaine marge bénéficiaire. L’agence opérait dans plus de 16 pays, dont en Europe, aux Maldives, aux Emirats Arabes Unis, en Thaïlande et en Chine.

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