« La volatilité, il y en a tout le temps. Si on attend qu’il n’y ait aucun risque, on n’investit jamais. » Cette phrase de Roni Michaly, CEO de Galilee Asset Management, résume un paradoxe central de la gestion d’actifs : comment prendre des décisions d’investissement éclairées dans un environnement perpétuellement instable ? Loin des discours lissés, le dirigeant dévoile les coulisses de sa réflexion CEO, un cadre méthodique qui combine rigueur d’analyse et agilité managériale. Son parcours, du desk trading à la direction d’une société de gestion, offre des clés concrètes pour améliorer sa propre stratégie financière.

Les leçons d’un CEO : du desk trading à la direction d’une société de gestion

Roni Michaly a commencé sa carrière sur le desk suisse de la Société Générale, un environnement où la réactivité et l’efficacité sont primordiales. Ce passage lui a forgé un instinct de prise de décision rapide, essentiel dans un métier où les marchés ne patientent jamais. En rejoignant ensuite l’asset management, il a dû structurer sa pensée, formaliser des process et adopter une approche plus stratégique.

La transition vers la direction de Galilee Asset Management, suite au départ de son oncle, a représenté un défi inattendu : manager des collaborateurs plus âgés que lui. « On n’est pas préparé à la solitude du management », confie-t-il. Asseoir sa légitimité, instaurer des process sans froisser les egos, trancher seul – voilà la face cachée du métier de dirigeant. Ce constat rappelle que la performance financière d’une société repose autant sur la qualité de son management que sur ses modèles quantitatifs.

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La méthode des trois coefficients : un cadre structuré pour la prise de décision

La gestion de portefeuille ne s’improvise pas. Chez Galilee Asset Management, chaque décision d’investissement est soumise à un système par coefficients, une grille d’analyse de marché à la fois rigoureuse et adaptable. Cette méthode permet d’éviter les biais émotionnels qui parasitent trop souvent les choix des investisseurs, qu’ils soient professionnels ou particuliers.

Le processus commence par un screening quantitatif : bilan, compte de résultat, cash flow. Puis vient l’étape qualitative : analyse du management, des opportunités, des forces et faiblesses. Chaque valeur reçoit un score de croissance, un score value et un score momentum. L’étape finale, l’insertion en portefeuille, obéit à une logique d’équipe : comme au football, les actifs doivent être complémentaires. Inutile de sélectionner des titres qui réagissent tous de la même manière aux chocs de marché.

Coefficient Pondération Objectif
Rationnel d’investissement 3 Valider la thèse d’investissement
Valorisation 2 Évaluer le rapport qualité/prix
Analyse technique 1 Confirmer le momentum

Ce système illustre parfaitement comment une réflexion CEO peut être systématisée sans perdre en finesse. Le rationnel l’emporte sur l’émotion, mais la pondération laisse une place à l’intuition étayée par les données.

Investissement thématique : le cas de l’exploration spatiale

L’investissement thématique diffère radicalement de l’approche classique. Il est par essence international et multisectoriel. Sa force : capter des tendances de fond qui s’étendent sur plusieurs décennies. La clé est de vérifier le caractère structurel d’une thématique avant d’y allouer du capital.

Prenons l’exploration spatiale. Le catalyseur a été la baisse spectaculaire du coût de lancement, passé de 18 000 à 2 500 dollars. Ce mouvement a ouvert la voie à une myriade d’applications :

  • Navigation par satellite
  • Communications internet et transactions financières
  • Transition énergétique et météorologie
  • Industrie, santé et technologies cloud
  • Cybersécurité

Aujourd’hui, cette thématique se négocie à 27 fois les bénéfices, soit une prime par rapport au marché. Mais pour un gestion d’actifs orienté long terme, cette valorisation reflète un potentiel de croissance que les marchés traditionnels peinent à offrir. L’optimisation d’un portefeuille passe souvent par ces poches de valeur cachées dans les niches thématiques.

Gérer les échecs et capitaliser sur les réussites

Roni Michaly ne cache ni ses victoires ni ses erreurs. Sa meilleure décision : un investissement sur le pétrole en avril 2020, alors que le brut ne valait presque plus rien. « J’ai attendu que la crise passe », explique-t-il. Le pari a payé par une confortable plus-value. Sa pire : l’IPO de Klarna, le spécialiste du paiement fractionné. La croissance était réelle, mais la rentabilité a déçu le marché. « Le plus important avec un mauvais investissement, c’est de décider quoi faire : couper, conserver ou réinvestir ? »

Cette prise de décision dans l’adversité est un marqueur des dirigeants aguerris. La performance financière ne se mesure pas seulement aux gains, mais à la capacité à limiter les pertes. Un investisseur qui s’entête sur une position devenue toxique hypothèque ses rendements futurs. La leçon vaut aussi pour les particuliers : savoir reconnaître une erreur est plus précieux que de viser la perfection.

Décision Résultat Leçon
Pétrole avril 2020 Très forte plus-value Saisir les retournements de crise
IPO Klarna Déception, perte potentielle Ne pas s’entêter, réévaluer vite

Conseils pour l’investisseur particulier : lisser le temps, pas le marché

Dans un contexte de guerres, d’inflation et de croissance molle, beaucoup d’investisseurs particuliers hésitent à entrer en Bourse. Roni Michaly répond sans détour : « Si vous attendez qu’il n’y ait aucun risque, vous n’investirez jamais. » La volatilité est une constante, pas une anomalie. La solution ? L’investissement progressif et continu.

Plutôt que de tenter de timer le marché – exercice périlleux même pour les professionnels – l’approche consiste à acheter régulièrement un même montant. Les périodes de baisse permettent d’accumuler plus de titres, les périodes de hausse génèrent des plus-values latentes. Cette stratégie financière lisse les points d’entrée et réduit l’impact des soubresauts. Sauf crise systémique majeure, le meilleur comportement reste la constance. Un gestion d’actifs ne pourrait pas mieux conseiller ses clients.

Les coulisses de l’innovation : quand un PowerPoint devient un indice boursier

Pour finir, une anecdote qui en dit long sur la culture d’entreprise. Un gérant de Galilee Asset Management s’est présenté devant Roni Michaly avec un PowerPoint sur la création d’indices thématiques. « C’était assez éloigné de son job », se souvient le CEO. Pourtant, il a écouté, suivi l’idée, et l’équipe a développé des indices internes. Ces travaux ont été soumis à l’AGEFI, qui a décerné à la société la coupole de l’innovation. Aujourd’hui, Galilee Asset Management propose des AMC (Actively Managed Certificates), des sortes de trackers sur l’exploration spatiale, le luxe et l’intelligence artificielle.

Cette initiative a donné naissance à trois activités distinctes : gestion de fonds, mandats sur mesure et création d’indices. Elle montre que dans la réflexion CEO, l’écoute des équipes et l’audace de dire « oui » peuvent ouvrir des pistes inattendues. Une leçon de management qui s’applique bien au-delà de la finance.

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