Comme l’avait annoncé Donald Trump, sa rencontre en face à face avec le premier ministre chinois Liu He a bien eu lieu ce vendredi. Et conformément aux attentes des marchés qui espéraient ces négociations de haut niveau depuis un certain temps, un accord a émergé des discussions entre les deux hommes. Cela a permis de balayer de nombreuses inquiétudes au niveau des marchés et surtout de confirmer la continuité du dialogue entre les deux pays.

Cette nouvelle positive permet surtout d’espérer que les deux pays pourront parvenir à un accord plus global et plus durable d’ici quelques temps. En effet, l’entente commerciale qui vient d’être décidée présage l’atteinte de cet objectif final après deux ou trois phases de négociations positives supplémentaires.

Les principes de l’accord intérimaire sino-américain décidé vendredi

L’entente, qui a été conclue vendredi dernier à la Maison-Blanche, constitue la première vague d’une série d’accords de base pour l’atteinte d’un traité commercial à long terme. Selon les espoirs portés par cette entente intérimaire, un accord plus durable devrait ainsi émerger d’ici quelques mois. Dans le cadre de cette première démarche, les USA et la Chine se sont ainsi entendus quant à un compromis permettant surtout d’éviter d’autres escalades de la guerre commerciale et de se bâtir une nouvelle relation de confiance.

Un accord de niveau 1 incluant les principales réclamations américaines

Dans la perspective d’atteindre un consensus commercial durable dans les prochains mois, l’accord décidé vendredi entre Donald Trump et le vice-premier ministre Liu He s’est attaqué premièrement à la guerre des tarifs douaniers. Dans ce cadre, la hausse des tarifs dont l’application était prévue pour le 15 octobre a bénéficié d’une suspension. Cette mesure de répression visait les 250 milliards de produits chinois déjà surtaxés à 25% et prévoyait une hausse de 5%. Elle était initialement prévu pour le 1er octobre, mais avait déjà bénéficié d’un report, suite à une demande de Liu He, car ce jour coïncidait avec la date de célébration du 73ème anniversaire de la République populaire de Chine.

Par ailleurs, l’accord de vendredi a également permis aux USA d’obtenir une promesse chinoise quant à la question des importations agricoles. Ainsi, l’Empire du Milieu a certifié au président US de son engagement à importer entre 40 et 50 milliards de dollars de produits agricoles américains. Ce contrat se place ainsi dans la lignée de la commande de 600 000 tonnes de soja qui a avait récemment été confirmée. Il constitue une excellente nouvelle pour le secteur agricole US, lequel a été l’une des principales victimes de la guerre commerciale Chine-USA.

En plus de ces compromis positifs, il a également été annoncé que les deux hommes sont arrivés à une entente concernant les nombreuses questions qui gênent les USA au niveau de la politique industrielle chinoise, le respect des propriétés intellectuelles et la politique chinoise à l’égard des investisseurs étrangers, du taux de change et des services financiers. Néanmoins, les termes de l’entente, concernant ces questions, n’ont pas encore été dévoilés.

Les conditions d’application de l’accord intérimaire de vendredi

Selon le Secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, alors que le Président US et le Vice-premier ministre chinois se sont accordés sur de nombreux points centraux de la guerre commerciale, ils se sont également penchés sur les principes d’application des termes de l’entente.

Des sanctions sont ainsi prévues d’être appliquées, dans le cas où l’un des deux pays manque à ses engagements ou en enfreint les termes qui viennent d’être décidés. D’après Mnuchin, les discussions actuelles devant finaliser cet accord intérimaire portent sur le montant de ces sanctions financières et d’autres détails de mise en application pour le non-respect de chacun de ses termes.

Un accord temporaire à l’avenir incertain

La nouvelle, concernant l’établissement d’un accord de phase 1 ce vendredi, est positive mais est encore insuffisante pour les marchés. En effet, face au délai de 5 semaines annoncé par Trump quant à la finalisation de rédaction des termes de l’entente, et l’attente d’une signature au mois de décembre conditionnée par une rencontre entre Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping, de grandes incertitudes continuent de planer.

En effet, entre temps, il est possible que l’une ou les deux parties reviennent sur leurs engagements et fassent échouer les négociations. Ce qui est plus inquiétant, c’est que Trump avait lui-même émise cette hypothèse. Cette dernière est notamment fondée sur le fait que bien que l’accord ait suspendue la hausse des tarifs pour le 15 octobre, celle sur les 300 milliards de dollars de produits chinois prévue au 15 décembre est toujours maintenue. Ainsi, les termes de cette première vague d’accord ne reflètent actuellement que le minimum d’engagements que les deux nations ont été prêtes à s’offrir.

Un conflit Chine-USA plus large serait à venir

D’ailleurs, la banque Morgan Stanley affirme que seule l’annulation des précédentes hausses tarifaires et la baisse des tarifs en vigueur confirmerait un réel avancement de la résolution du conflit Chine-USA. Elle n’envisage pas ainsi une baisse des tarifs en 2020, ni une réelle amélioration de la confiance des investisseurs et des entreprises dans l’immédiat. Ces derniers ne peuvent en effet se baser sur cet accord pour identifier une politique de croissance ou d’investissement viable.

La banque souligne d’autre part que la volonté des USA à freiner la montée en puissance chinoise est toujours d’actualité et risque d’enrayer les négociations, voire d’intensifier le conflit, surtout durant les élections présidentielles US de 2020. Si UBS en arrive à déclarer que cette évolution positive ne franchirait pas la fin de l’année, la banque Néo Zélandaise ANZ juge cet accord de purement symbolique et Standard Chartered estime qu’elle ne répond pas pour le moment aux attentes économiques en Asie, en Europe et aux USA.

Marc Chandler, stratégiste en chef des marchés auprès de Bannockburn Global Forex évoque pour sa part que la guerre commerciale constitue uniquement l’un des multiples fronts au niveau duquel les USA envisagent d’affronter la Chine. Il souligne d’ailleurs que cette guerre froide ne se terminera pas avec celle des tarifs douaniers. Cette affirmation est renforcée par Chris Krueger, analyste principal des politiques de Cowen, sur le fait que les tarifs douaniers ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Selon lui, les véritables sources de conflits Chine-USA incluent le flux des capitaux, les contraintes de la chaîne d’approvisionnement, les contrôles de l’exportation et la politique industrielle.

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