Introduction

Suite à la tourmente économique provoquée par le coronavirus, de nombreuses grandes entreprises américaines réduisent, voire suspendent complètement, leurs dividendes, ce qui constitue un scénario cauchemardesque pour de nombreux investisseurs axés sur les revenus. Étant donné qu’AT&T (T) a un rendement en dividendes de près de 7 %, une dette nette de plus de 150 milliards de dollars et qu’elle a connu des perturbations dans divers secteurs d’activité, il est tout à fait naturel que certains investisseurs s’inquiètent de voir ce géant approcher de la fin de sa série de dividendes de plusieurs décennies. Au lieu d’analyser la durabilité de leurs dividendes en se contentant d’examiner leurs performances historiques, j’ai estimé qu’il serait intéressant et utile de construire un scénario hypothétique très baissier et d’explorer ensuite leur capacité à maintenir leur dividende.

Couverture des dividendes

Lorsque j’évalue la couverture des dividendes, je préfère ne pas utiliser le bénéfice par action et utiliser plutôt le cash-flow libre, car les dividendes sont payés en espèces et non à partir des “gains”. Le graphique ci-dessous résume les flux de trésorerie du dernier trimestre et des trois années précédentes.

Flux de trésorerie d'AT&TNotes AT&T 1

Source de l’image : Auteur.

Leurs performances historiques doivent encore être brièvement examinées avant de fournir le scénario hypothétique très pessimiste, car il fournit des données et un contexte sur lesquels s’appuyer. Bien qu’ils aient souvent un rendement élevé sur les dividendes, normalement associé à une couverture étendue des dividendes, au cours des trois années de 2017-2019, leur couverture moyenne des dividendes a été très solide, à 162,71 %. Cela indique qu’elles ont facilement pu financer tous leurs paiements de dividendes avec les liquidités supplémentaires qui leur restaient pour d’autres utilisations, comme le désendettement, ce qui les met en bonne position pour supporter cette récession.

Alors que le premier trimestre 2020 a vu leur flux de trésorerie d’exploitation diminuer de 19,78 % par rapport à l’année précédente, et donc leur flux de trésorerie disponible, il était encore suffisant pour couvrir leurs paiements de dividendes, bien qu’avec une marge de sécurité plus faible. Si l’on exclut les mouvements de leur fonds de roulement de 2019 et 2020, la baisse équivalente n’est que de 7,84 %, ce qui est plus modeste.

Contribution au revenu du segment AT&T

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Source des données : AT&T’s Q1 2020 8-K et 2019 10-K SEC Filings.

Le graphique ci-dessus résume leurs secteurs d’activité et les revenus qu’ils génèrent. Le groupe Entertainment et Warner Media abritent les secteurs de leur entreprise qui sont confrontés à un déclin séculaire et qui ont connu les plus grandes perturbations dues au coronavirus. Si l’on suppose qu’ils perdent définitivement la moitié de leurs revenus provenant de ces deux segments, cela réduirait leur total de 16,75% sur la base de leurs résultats pour 2019. Il a ensuite été supposé que cela se traduit par une baisse équivalente de leur marge brute d’autofinancement, qui diminue donc du même pourcentage. Pour être très pessimiste, il a également été supposé que malgré la perte de cette partie importante de leur flux de trésorerie d’exploitation, leurs dépenses d’investissement restent inchangées par rapport à 2019, à 20 milliards de dollars. Même après ce scénario incroyablement baissier, la couverture de leurs dividendes se situerait toujours au niveau confortable de 137,80 %. Cela leur permettrait de maintenir leur dividende même si leurs bénéfices ne se sont jamais redressés et leur laisserait une marge de manœuvre pour poursuivre le désendettement, bien qu’à un rythme plus lent, à environ 5,6 milliards de dollars par an.

Situation financière

Même si leur couverture en dividendes reste adéquate, il est néanmoins important de prendre en considération l’impact potentiel sur leur situation financière. Les trois graphiques ci-dessous résument leur situation financière au cours du dernier trimestre et des trois années précédentes.

Trésorerie et dette d'AT&TRatios de solvabilité AT&TAT&T notes 2

Source de l’image : Auteur.

Comme leur situation financière actuelle a déjà fait l’objet de nombreuses discussions, il n’y a guère de raison de revenir sur ce point en détail. Dans l’ensemble, leur levier financier à la fin du premier trimestre 2020 était à peu près le même qu’à la fin 2019, tous leurs paramètres financiers, à l’exception de la couverture des intérêts, indiquant qu’ils ont un niveau de levier modéré et sûr. Bien que leur couverture des intérêts de 3,71 soit une amélioration par rapport aux années précédentes, elle reste néanmoins dans la partie inférieure du niveau sûr et indique donc que le service de leur dette est un peu lourd. Compte tenu de l’image combinée de tous leurs paramètres financiers, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Leur niveau d’endettement est essentiellement le même que celui de Verizon Communications (NYSE:VZ), qui a été examiné en détail dans mon précédent article.

Si le scénario très baissier susmentionné se réalisait, malgré les dommages causés à leur situation financière, leur levier global resterait toujours dans les limites supérieures de la modicité et de la sécurité. Leur ratio dette nette/EBITDA passerait à 3,15, ce qui est pratiquement égal à celui de 2017, tandis que leur couverture des intérêts tomberait à 2,91. Certes, ce niveau d’endettement pourrait être préoccupant pour certaines entreprises dans certaines situations ; cependant, ce n’est pas le cas pour elles, puisqu’elles disposent encore d’un cash-flow libre après le versement des dividendes pour réduire encore leur endettement.

Même si les quelque 5,6 milliards de dollars de cash-flow libre qui restent après le paiement des dividendes ne sont pas à côté de leur dette nette de 154 milliards de dollars, cela réduirait quand même leur dette nette à environ 126 milliards de dollars d’ici la fin 2025. Une fois de plus, on part de l’hypothèse très pessimiste que leurs revenus n’augmenteront jamais après avoir subi cette forte baisse, ni que leurs dépenses d’investissement seront réduites. Une fois ce temps écoulé, leur endettement aurait diminué, avec un ratio dette nette/EBITDA d’environ 2,58. Bien que cette performance ne soit normalement pas considérée comme particulièrement forte en termes absolus, compte tenu des hypothèses très baissières, elle serait relativement forte.

Ratios de liquidité AT&T

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En plus d’avoir un effet de levier modeste et sûr, leur liquidité est également décente et ne s’est pas détériorée de manière significative au cours du premier trimestre 2020. Bien que leurs ratios de liquidité générale et de liquidités, de 0,76 et 0,14 respectivement, soient plutôt faibles, il n’y a aucune raison de s’inquiéter. Compte tenu de leur taille massive et de leur situation financière globale décente, ils continueront à trouver un soutien sur les marchés de la dette pour refinancer toute échéance de dette à venir et fournir des liquidités lorsque cela sera nécessaire, même si leurs revenus devaient avoir un impact important.

Conclusion

Il convient de rappeler que je ne prévois pas que ce scénario se réalisera, mais que je le présente plutôt comme un exemple pour illustrer la durabilité de leurs dividendes dans un scénario très baissier. Je pense que les meilleures opportunités d’investissement sont celles qui peuvent être justifiées même avec des hypothèses baissières. En fin de compte, même si elles ont un impact important et permanent sur leurs bénéfices, elles devraient encore avoir une marge de manœuvre pour couvrir leurs paiements de dividendes et leur désendettement, bien qu’à un rythme plus lent. Compte tenu de cela et du fait que leurs actions offrent toujours un beau rendement de dividende de près de 7 %, je pense que le maintien de ma notation très haussière est approprié.

Notes : Sauf indication contraire, tous les chiffres figurant dans cet article sont tirés des rapports d’AT&T Q1 2020 8-K (précédemment liés), 2019 10-K (précédemment liés) et 2017 10-K SEC Filings, tous les chiffres calculés ont été réalisés par l’auteur.

Divulgation : Je suis/nous sommes long(e)s T. J’ai écrit cet article moi-même, et il exprime mes propres opinions. Je ne reçois aucune compensation pour cela (autre que celle de Seeking Alpha). Je n’ai aucune relation d’affaires avec une entreprise dont les actions sont mentionnées dans cet article.


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