Etranglé par les embargos américains qui mettent à mal son économie, l’Iran menace de sortir définitivement de l’accord de Vienne. Ce dernier lui a permis de profiter d’avantages commerciaux, en contrepartie d’une limitation de ses activités nucléaires. Face aux incidents survenus dans la région du Golfe, notamment l’arraisonnement de son pétrolier Grace 1 par les forces navales britanniques, Téhéran avertit les pays européens contre toutes actions menées à l’encontre de ses exportations pétrolières.

Actuellement, l’Instex qui a été mise en place par le G3, soit le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne, est encore limitée dans ses possibilités. Cette solution destinée à contourner les sanctions américaines peut offrir un contexte commercial favorable avec l’Iran, mais ne prend en charge pour l’instant que les denrées alimentaires et les médicaments.

L’Europe veut sauver l’accord sur le nucléaire iranien

Le retrait unilatéral des USA de l’accord de Vienne conclu en 2015 pour réguler les activités nucléaires iraniennes est à l’origine de grandes tensions au niveau des relations internationales. Avec l’appui des Israéliens, Trump a en effet soupçonné les iraniens de continuer à développer des armes nucléaires malgré l’accord conclu.

En mai 2018, les USA annoncent ainsi leur retrait du JCPOA et entament l’application de sanctions drastiques à l’encontre du pays islamiste. Ces mesures à envergure mondiale visent à interdire toutes activités commerciales avec l’Iran et affectent aussi bien l’Europe que l’Asie.

Des sanctions US d’envergure internationales qui affectent de nombreux pays

En dehors des sanctions qui bloquent toutes exportations vers les USA, Trump a également appliqué des mesures interdisant aux entreprises qui utilisent le dollar de commercer avec l’Iran. Or, le dollar est la principale devise utilisée dans le commerce international. Même les sociétés européennes utilisent la monnaie américaine pour leurs activités internationales, à cause du statut de monnaie de refuge de cette dernière.

De nombreuses entreprises étrangères ont ainsi dû quitter le pays, comme Total et Daimler le constructeur automobile. Dans le même temps, les exportations iraniennes, surtout en pétrole, ont été lourdement affectées par ces pressions américaines. Actuellement, le pays n’exporte plus que 1 millions de barils par jour, soit une chute globale de 25% de ses ventes en 3 mois, depuis les sanctions appliquées par les USA.

Les Européens encouragent l’Iran à continuer à respecter l’accord de Vienne

Avec un taux de chômage élevé et une économie en cours d’émergence, les sanctions américaines affectent lourdement l’Iran. Celui-ci menace les autres pays signataires de l’accord de Vienne sur le nucléaire qu’il ne pourrait plus continuer à respecter ce dernier. Si des solutions ne sont pas trouvées rapidement pour que les exportations du pays puissent continuer à bénéficier des avantages du JCPOA, cet accord n’aurait plus d’utilité pour le pays islamiste. Ce dernier pourrait alors ignorer complètement les limitations imposées depuis 2015 concernant ses activités nucléaires.

Depuis le mois de Juillet, l’Iran a augmenté ses stocks d’uranium enrichi et dépassé le seuil d’enrichissement de 3,7%. Néanmoins, à ce stade, le G3 considère que cet écart est encore tolérable et continue ses efforts de recommandation envers l’Iran de ne pas se désister du JCPOA. En parallèle, les tensions entre l’Iran et Israël mettent la région du Golf sous une tension guerrière.

Les incidents dans le Golfe aggravent les tensions avec l’Iran

Le 04 juillet, le Grace 1, un pétrolier iranien, a été intercepté par la marine britannique et les autorités du Détroit de Gibraltar. Celui-ci était soupçonné de faire route pour la Syrie, pour y livrer plus de 2 millions de pétrole brut.

Altercations en région du Golfe : un carrefour essentiel pour le commerce international

L’arraisonnement du pétrolier iranien Grace 1 serait dû aux sanctions qui sont en vigueur contre le régime actuel syrien tenu par le gouvernement de Bachar al-Assad. En effet, un embargo pétrolier a été appliqué par l’UE contre la Syrie, en même temps que d’autres sanctions économiques et financières. Cet événement est interprété par Téhéran comme une obstruction à l’encontre de ses exportations pétrolières, alors que le G3 n’arrive toujours pas à trouver une solution pour libérer les échanges iraniens des sanctions américaines. Le Grace 1 est soumis à une mesure d’immobilisation pouvant atteindre 90 jours.

Néanmoins, Téhéran récuse l’accusation portant sur l’exportation de pétrole brut vers la Syrie et dénonce la brutalité de la Royal Navy à l’encontre de l’équipage de son bateau. Il accuse ainsi les forces navales ayant réalisé l’interception d’acte de piraterie. Malgré cela, le 12 juillet, la Cour Suprême de Gibraltar décide de prolonger l’immobilisation du tanker iranien de 30 jours.

Dans les heures qui suivent, Téhéran annonce avoir saisi un pétrolier britannique, du nom de Stena Impero, accusé de ne pas avoir respecté les codes de navigation maritime dans le Détroit d’Osmuz et de ne pas avoir répondu aux appels des forces navales iraniennes. Londres et les autres pays du G3 exhortent l’Iran à libérer le tanker britannique, mais la demande est refusée par les autorités de la République Islamiste. Des négociations sont toujours en cours pour trouver une solution qui permettra de désamorcer cette situation.

Risque d’escalade entre l’Europe et l’Iran

La suite d’événements guerriers qui sont survenus dans la région du Golfe met les Européens en alerte. En effet, le Détroit de Gibraltar est un passage stratégique essentiel pour le commerce international et surtout européen.

A titre de mesure préventive, Londres a proposé le déploiement d’une force navale dans la région du Golfe pour y ramener la paix. Les USA ont également appuyé la formation d’une coalition pour assurer l’escorte des navires commerciaux qui doivent emprunter cette route maritime. La France et l’Allemagne refusent par contre de se rallier à ces propositions, craignant que la présence de forces étrangères dans cette zone aggrave encore plus la situation.

Pour sa part, Téhéran considère que la sécurisation de la Région du Golfe doit surtout reposer sur les pays qui y sont localisés. Pour désamorcer cette situation, il est nécessaire que les négociations puissent permettre de trouver des solutions permettant la continuité des échanges commerciaux de l’Iran avec le reste du monde. C’est dans ce cadre que les pays concernés attendent avec impatience la pleine opérationnalité du système commercial Instex.