Pris dans le sillage de la guerre commerciale qui oppose la Chine aux Etats-Unis, le géant des télécoms chinois Huawei vit les plus mauvais moments de son existence en 2019. Accusée d’espionnage, de vol de technologies américaines et considérée comme une menace pour la sécurité nationale des USA, l’entreprise de Ren Zhengfei est actuellement bannie des activités commerciales avec les entreprises de l’Oncle Sam.

Cette inscription sur liste noire nuit fortement à la croissance de Huawei, car elle lui ôte les précieux partenariats de ses fournisseurs, comme Qualcomm, Intel et Google. La firme se voit également retirée le marché pour l’installation des infrastructures nécessaires à la transition vers la future norme de communication 5G. Cette situation tendue peut amener des centaines d’Américains à perdre leurs emplois aux seins d’Huawei. La société peut également amorcer une stratégie d’autosuffisance forcée pour développer ses produits.

Huawei : une victime du bras de fer commercial entre l’USA et la Chine

Après l’assignation à domicile de Meng Wanzhou, la directrice financière et fille du fondateur d’Huawei, en décembre 2018 au Canada, la firme voit encore sa situation se compliquer avec les USA. Le 16 mai 2019, le gouvernement Trump ajoute l’entreprise chinoise à sa liste noire.

Trump et Huawei : une méfiance de longue date

Même si le bannissement de la firme Huawei s’insère logiquement dans la guerre commerciale sino-américaine, de nombreux éléments ont également créés la méfiance du gouvernement Trump envers elle. En particulier, les antécédents de Ren Zhengfei, le fondateur de la marque, en tant qu’ancien ingénieur de l’armée chinoise sont très mal perçus.

L’inquiétude de nombreux pays concernant Huawei et d’éventuelles manœuvres d’espionnage sont officialisées la première fois en 2009 par le Joint Intelligence Committee anglais. Cette entité met en garde contre les équipements réseaux de la firme chinoise, comme d’éventuelles menaces.

Après toutes les mesures qui ont été prises à son encontre et surtout sa mise sur la liste noire américaine le 16 mai, Huawei risque de prendre certaines mesures forcées. Entre autre, les 850 américains qui travaillent au sein du centre de recherche et de développement Futurewei Technologies peuvent faire l’objet d’une suppression d’emploi dans un futur proche. Après les énormes pertes de croissance subies par la firme depuis son bannissement, celle-ci perd du terrain face au leader mondial Samsung et doit reporter le lancement de ses futurs produits très attendus, dont un smartphone souple, un petit et un grand ordinateur portable fonctionnant sous Windows 10.

Perte de technologies pour Huawei

Le bannissement dont fait l’objet Huawei le coupe de partenariats essentiels pour le développement et la conception de ses produits. En effet, les entreprises américaines n’ont plus le droit de commercer avec le groupe chinois. La firme se voit interdite d’utiliser les puces électroniques fabriquées par des entreprises américaines, comme Intel, Nvidia et Qualcomm, mais cela touche également toutes les licences de Google, incluant son système d’exploitation mobile Android, Facebook, Youtube, Google Play, Gmail et autres applications associées.

Or ces composants sont essentiels pour les smartphones grand public, d’où un grand handicap commercial s’ils ne sont plus intégrés aux produits de la marque. Pour les téléphones qui sont déjà en circulation, cela implique une inaccessibilité de certaines fonctions importantes de mise à jour à partir du 19 août. Par contre, la marque ne dispose plus des droits nécessaires pour concevoir de nouveaux appareils dotés de ces composants.

Huawei exclu par le monde entier

Par ailleurs, de nombreuses sociétés technologiques du monde entier coupent également leurs relations avec Huawei. Sous l’influence des USA, la Grande-Bretagne, la Nouvelle-Zélande, l’Australie et le Canada renoncent aussi à faire appel à Huawei pour le déploiement de leur réseau 5G.

En effet, les équipements prévus pour ces installations sont soupçonnés d’être des moyens pour l’armée chinoise d’implanter des équipements de collecte et de contrôle de données anonymes, voire d’espionnage. Si depuis 2018, le gouvernement avait interdit l’usage des produits Huawei dans les bureaux, de nombreux pays d’Europe occidentale commencent à en faire de même, depuis l’annonce de la liste noire.

Quelles solutions pour Huawei ?

C’est la rupture de son partenariat avec Google qui pénalise surtout Huawei, lequel était en voie de dépasser le numéro un mondial Samsung. En effet, la majorité des produits de la marque fonctionne avec le système d’exploitation Android.

Huawei en voie vers l’autosuffisance

Face à ce problème, elle est en train de finaliser le développement de son propre OS nommé Hongmeng. D’autres solutions technologiques permettant à l’entreprise de pouvoir développer ses produits en toute autonomie sont également en cours d’étude pour ne plus dépendre entièrement de sociétés américaines. Cela peut faire partie des objectifs du programme « Fabriqué en Chine 2025 », qui vise d’ailleurs l’autosuffisance technologique chinoise.

Rappelons que le géant du télécom a bénéficié du soutien inconditionnel de l’Empire du Milieu lors de son interdiction auprès des entreprises américaines. D’ailleurs, pour rattraper son retard, Huawei s’est vue confiée par les autorités chinoises le déploiement du réseau 5G dans tout le pays. C’est peut-être pour ces raisons que la firme a proposé à ses salariés chinois de rentrer au pays pour y continuer leurs carrières.

D’autre part, l’entreprise peut aussi espérer voir s’assouplir certaines des mesures appliquées contre elle dans le cadre d’un accord commercial entre la Chine et les USA. En effet, une levée partielle des mesures de bannissement d’Huawei peut être réalisée par le gouvernement Trump, pour éviter entre autre que les marques chinoises ne développent leurs propres technologies.